Prix spécial du Jury

Five Easy Pieces

Ceci n’est pas une pièce mais une déflagration ! A l’issue de  Five Easy Pieces , les spectateurs sont restés sonnés, ébranlés. En touchant à l’affaire Dutroux, le Suisse Milo Rau a composé l’un des plus mémorables spectacles du KunstenFestivaldesArts. Fallait-il donc un Suisse pour exorciser les démons de la Belgique ?
 

Le terrain pourtant était glissant : Rejouer l’affaire Dutroux avec sept enfants, de 8 à 13 ans. Comment reconstituer les éléments de cette histoire de pédophilie et de meurtres à travers ces êtres qui ont encore du lait derrière les oreilles ? Comment cette vérité là peut-elle traverser des corps dont l’innocence transparaît par chaque pore ? C’est là tout le génie, téméraire, de Milo Rau, qui ne bride jamais la candeur des jeunes acteurs mais glisse des métaphores puissantes. Comment ne pas avoir la gorge nouée quand le jeune Pepijn incarne le père de Julie Lejeune, brisé par le chagrin ? Comment ne pas frissonner quand la petite Polly rejoue le calvaire de Sabine, enfermée dans une cave, écrivant des lettres à vous déchirer le cœur ? Comment ne pas être bouleversé par ces enfants hyper concentrés sur leurs personnages mais qui, en un quart de seconde, peuvent aussi sortir de leurs rôles, et redevenir des enfants, prenant tout cela comme un jeu. C’est fascinant, et c’est ça aussi qui les rend poignants. C.M.

Five easy Pieces de Milo Rau, création au Théâtre Varia, Bruxelles. Une coproduction de Campo et du KunstenFestivaldesArts.