Spectacle de Cirque

Jet-lag

Le titre sent le décalage horaire, l’escale de nuit, l’épuisement aéronautique et les lourdes valises (sous les yeux). Mais avec la Compagnie Chaliwaté, animée depuis 2005 par Sandrine Heyraud et Sicaire Durieux, cet impitoyable  jetlag  se mue en un ballet gracile et gracieux pour voyageurs acrobatiques, au fil d’un voyage quasiment muet et parfaitement décoiffant. On connaissait l’art de Chaliwaté – mûri notamment à l’École Marcel Marceau de Paris – et sa science affolante de la partition physique à travers le touchant portrait d’un amour passé ( Josephina ) ou la craquante ode à l’eau et à la chlorophylle (« Ilo »). Pour la compagnie où le mouvement est roi, tout se dit avec les corps – et, pour nous, tout se dit merveilleusement bien, clair comme de l’eau de roche, la larme d’émotion n’étant jamais bien loin. Pour  Jetlag , Sandrine Heyraud et Sicaire Durieux sont rejoints par Loïc Faure, acrobate (et jongleur) dont la tendresse vaut bien la leur. Du hall d’aéroport désert à l’accoudoir qu’on se dispute, le trio forge l’histoire d’un homme qui cherche obstinément la chaleur humaine qui, obstinément, lui échappe. Entre Tati et Tatou (Audrey), slapstick et douceur finement observée, le trio rappelle qu’en tout voyageur se cache un contorsionniste malgré lui. Et érige l’art du mime en miroir de l’âme. L.A.

 Jetlag , auteurs, metteurs en scène et interprètes : Sandrine Heyraud, Sicaire Durieux et Loïc Faure. Créé au Centre culturel Jacques Franck.

Coproductions & Résidences : Espace Catastrophe - Centre International de Création des Arts du Cirque, Théâtre des Doms (FR), La Roseraie, Latitude 50, Centre Culturel de Braine L’Alleud, L’Odyssée - Scène Nationale de Périgueux (FR), BAMP, Centre culturel Jacques Franck, Centre culturel de Woluwe-Saint-Lambert & Théâtre Marni.

La Cosa

Réunissez soigneusement quatre hommes en costard, quatre stères de bois et quatre haches. Placez le tout sur un vaste plancher et disposez équitablement le public autour. Laissez infuser dans le geste sauvage, le tracé millimétré, le mouvement languide et l’ironie silencieuse. Vous obtiendrez une « Chose » à nulle autre pareille, qui hache menu les frontières entre cirque (pour les limites sans cesse repoussées), danse (pour la précision reptilienne des mouvements), installation (pour la beauté des constructions éphémères) et théâtre (pour la connivence percutante du quatuor). Les trois ans de recherche qui ont mené à « La Cosa » démontrent une fois de plus que le metteur en scène Claudio Stellato, ce touche-à-tout de génie, a un rare talent : ne jamais rien céder de ses obsessions les plus (au)stères et ne jamais perdre le public, qui fond littéralement de joie en arpentant ses terres inconnues. Né à Milan, féru de jazz, formé au Lido (Centre des Arts du Cirque de Toulouse), interprète auprès de nombreux chorégraphes, Claudio Stellato avait rencontré un succès international dès 2011 avec  L’autre , premier spectacle où il dansait avec des meubles qui bougeaient tout seul. Nul doute qu’à présent, c’est l’Europe entière qui est prête à danser au rythme de son inimitable imaginaire – et qui attend impatiemment la suite. L.A.

 La Cosa , de Claudio Stellato, avec Julian Blight, Mathieu Delangle, Valentin Pythoud et Claudio Stellato. Créé aux Halles de Schaerbeek.

Coproductions & Résidences : Halles de Schaerbeek, Maison de la Culture de Tournai, Manège de Reims - Scène Nationale (FR), la Villette (FR), Le Prato - Pôle National des Arts du Cirque (FR), L’Échangeur - CDC Picardie (FR), Theater op de Markt - PCT Dommelhof, Oerol Festival (NL), Espace Périphérique (FR), Le Cuvier - CDC Aquitaine (FR), La Brèche - Pôle National des Arts du Cirque (FR), L’Atelier des Marches (FR), Festival Excentrique -

Poivre rose

Voilà une étonnante famille : une mère sans (re)père qui se met soudain à danser comme une petite fille (Antoinette Chaudron), deux sœurs madrées qui n’ont rien de demoiselles de Rochefort (Claudel et Valérie Doucet, puis Imogen Huzel), deux frères aussi contrastés que le yin et le yang, l’un solaire et l’autre lunaire (Amaury Vanderbroght et Thomas Dechaufour), sans oublier des seaux qui descendent du plafond, une bonne dose de dérision et une féroce envie de décloisonner les genres. C’est indéniable : il n’y a pas que l’épice dans la première création de la Compagnie du Poivre Rose, il y a carrément toute la salade. Riche mélange de nationalités (belges, françaises, suédoises, canadiennes, tchèques), de disciplines (tissu aérien, corde lisse, trapèze fixe, mât chinois, portés), d’âges et de sensibilités, cette compagnie née à Bruxelles a livré un premier spectacle digne d’un coup de maître. Sous la conduite du metteur en scène Christian Lucas, il se crée une sorte de spleen comique et critique. Tous les personnages, tendrement égarés, semblent chercher quelque chose. L’amour ? La joie ? Le haut ? Le bas ? Le féminin ? Le masculin ? Les corps, lancés sur le mât chinois, sur le trapèze ou au sol, expriment avec clarté ce flou identitaire. Une mélodie humaine aussi intrigante qu’entêtante. L.A.

Le Poivre Rose , de et par Thomas Dechaufour, Antoinette Chaudron, Claudel Doucet, Valérie Doucet (à la création), Imogen Huzel (en tournée) et Amaury Vanderborght. Metteur en scène : Christian Lucas. Créé aux Halles de Schaerbeek.

Coproductions & Résidences : Maison de la Culture de Tournai, Letní Letná - Festival for New Circus & Theater (CZ), Espace Athic - Relais Culturel d’Obernai (FR), Cité du Cirque - Le Mans (FR), Espace Catastrophe - Centre International de Création des Arts du Cirque, Centre culturel Wolubilis, Theater op de Markt - PCT Dommelhof, Halles de Schaerbeek, Circa - Pôle National des Arts du Cirque (FR), La Grainerie (FR) & le Créac - Pôle Cirque Méditerranée (FR).