Découverte

On the Road...A

D’origine libanaise, Roda est né au Maroc, a grandi entre la Guinée et la Belgique, a une tête d’Italien, sans compter qu’il est tombé amoureux en France. Logiquement, quand on part sur la route avec lui, il faut prévoir quelques détours. Avec son seul en scène, On the road … A, le comédien file, cheveux au vent, mais sans jamais emprunter les autoroutes. Il préfère les chemins plus cahotés, s’attarder sur les voies (bi)nationales pour raconter son destin, un parcours qui a fait de lui un éternel étranger. Roda manipule 1001 personnages à la minute. Impossible de détailler tous les crochets qu’il fait pour exposer sa jeune vie déjà pleine comme un œuf, une vie qui, chaque fois, a rangé son faciès du mauvais côté de la barrière.

Drôle, subtil, enlevé, le spectacle s’éloigne des clichés habituels sur les générations issues de l’immigration, pour raconter, in fine, une histoire belge, une vie faite de nuances, de dilemmes, de quêtes existentielles, le tout avec un humour pétaradant. Mis en scène par Eric De Staercke, Roda livre une performance soufflante, sans temps mort, virevoltant entre les personnages tout en plongeant droit dans les yeux des spectateurs. Hilarant et touchant à la fois, Roda nous rappelle qu’on est toujours l’étranger de quelqu’un. Toutes vitres ouvertes, son road trip est un formidable bol d’air frais sur l’identité à l’heure où ça sent un peu le renfermé dehors. C.M.

On the road… A de et par Roda, mise en scène d'Eric De Starcke, création au Centre Culturel des Riches-Claires, Bruxelles.

Reflets d'un banquet

Le Banquet de Platon narre la conversation entre différents convives invités à faire l'éloge d'Éros, dieu de l’Amour.
Sur papier, ce discours en lui-même semble tellement aride, qu’il est difficile de prime abord de se l’imaginer rendu vivant et vibrant au théâtre. C’est pourtant la gageure que Pauline d’Ollone a relevé avec brio.
D’emblée le ton est donné, elle bouscule tous les codes, repousse les frontières scène-salle.
Dans une jauge réduite, volontairement intimiste, les spectateurs entourent les six acteurs assis sur des chaises, sans accessoires ni recherche dans les costumes.
Cette apparente simplicité ne durera qu’un instant, car immédiatement le texte est littéralement pris à bras le corps par les comédiens qui rivalisent de vigueur et de talent pour insuffler aux idées philosophiques une contemporanéité aussi surprenante que séduisante.
Si par moments, la longueur des tirades autorise l’esprit à vagabonder, très vite le jeu varié et énergique, les déplacements, l’humour, les interpellations faites au public ramènent l’attention sur une thématique qui si elle se centre sur l’amour touche bien plus largement.
Qu’il soit charnel ou intellectuel, hétéro ou homosexuel, platonique ou enflammé, jaloux ou altruiste, qu’il se décline en beauté sensuelle ou en union des âmes, qu’il soit sublimé ou jouissif, qu’il soit assouvi ou une quête perpétuelle de sa moitié, Le banquet de Platon revu et visité par Pauline d’Ollone nous replace face à nos comportements, notre mode relationnel, nos rapports à la vie.
Une manière piquante et bien séduisante de nous interpeller et de pousser à la réflexion, une chose qui hélas, par les temps qui courent, se fait de plus en plus rare. M.H.

Reflets d'un banquet, d'après Platon, mise en scène de Pauline d'Ollone, au théâtre de la Vie. Production de la Cie les Étrangers en coproduction avec le Théâtre de la Vie. Réalisé avec l'aide de la Fédération Wallonie-Bruxelles - Service du théâtre. Avec le soutien du Théâtre Océan Nord.

Safari (comme un teen movie)

Un homme et une femme (Gilles Poulin-Denis et Larissa Corriveau) roulent au hasard de la nuit. À l’arrière d’un minivan conduit par les acteurs, six spectateurs, devenus passagers d’un soir, seront les témoins silencieux de leurs échanges complices. À bord de la petite camionnette qui traverse Bruxelles, les deux personnages entament un jeu de séduction. Les regards sont tendres, les mots chuchotés… La ville qu’ils traversent devient le décor d’un jeu d’enfant. Ils imaginent la vie des passants qu’ils croisent au détour des rues. Les dialogues des deux acteurs québécois sonnent justes et nous ramènent à notre adolescence où les moments les plus futiles sont vécus comme des étapes inoubliables. Le texte de David Murgia et d’Armel Roussel laisse entrevoir, à la lumière des phares, la beauté simple des instants volés. Lorsque les mots deviennent inutiles, la musique entre en jeu et accompagne le véhicule qui poursuit sa course dans la nuit. Safari (comme un teenmovie) fait partie des douze formes courtes proposées par Armel Roussel dans Après la Peur. Les textes imaginés par plusieurs auteurs francophones invitent les spectateurs à sortir du théâtre et à parcourir la ville. Une expérience théâtrale en mouvement !

Safari, conception et écriture d'Armel Roussel avec la complicité des acteurs. Le texte central a été écrit par David Murgia et Armel Roussel en 2009. Avec Larissa Corriveau et Gilles Poulin-Denis et la participation de Milan Boëhm, travail sonore d'Olivier Girouard. En voiture mobile, à Bruxelles.  Coproduction: [e]utopia3/Théâtre les Tanneurs, Bruxelles (BE)/Centre du Théâtre d'Aujourd'hui, Montréal, Québec. C.A. F.C.