Comédienne

Valérie Bauchau

Tout en retenue, colère rentrée, moues explicites, croisement de bras éloquents, Valérie Bauchau, très inspirée ces dernières années, incarne, avec une juste délicatesse, cette bourgeoise mondaine partie si loin de Linden. Hautaine et presque agaçante, elle ne joue pas Clairette, fille du Général de Witte mais l'incarne, l'habite, la révèle au fil des répliques et du récit d'une vie bien remplie, agitée, fracturée puis, finalement, vidée de sens et substance. Un pas en avant, trois en arrière, elle rebondira chaque fois avant de retomber un peu plus bas, à cet endroit où il faut enfin cesser de se mentir à soi-même.

Cette fragilité, la comédienne, dirigée ici par Giuseppe Lonobile, la dévoile également, par bribes et incises. Présente sur nos scènes depuis plusieurs années, déjà très convaincante dans "Occident" ou "Les filles aux mains jaunes", Valérie Bauchau semble tendre ici au plus juste, au plus près et loin d'elle-même avec une élégance naturelle que rejoint celle de l'âme et du jeu, avec aussi, une économie de moyens qui force le respect. L.B

Loin de Linden, Texte Veronika Mabardi / Mise en scène Giuseppe Lonobile. Création à Mons au Festival au Carré, joué au Rideau de Bruxelles et à Avignon. Coproduction Atis Théâtre / le manège.mons / Rideau de Bruxelles.

Mathilde Lefèvre

Amor mundi s’ouvre sur une image forte: Hannah Arendt, vue de dos, c’est un corps qui danse, sensuellement, celui de Mathilde Lefèvre. L’angle choisi par Myriam Saduis et Valérie Battaglia, en hommage à ce personnage hors norme est à la fois abstrait, concret et poétique. C’est l’histoire d’une femme qui «pense», qui aime et qui rêve au sein d’un groupe d’amis juifs new yorkais fêtant le premier grand succès d’Hannah Les origines du totalitarisme, qui renvoie dos à dos nazisme et stalinisme. La mise en scène est donc «chorale» et Mathilde, parfaite incarnation de la philosophe, est l’axe central d’un chœur amical et amoureux. Tout tourne autour d’elle mais son rôle, majeur, n’est pas exclusif. Un rôle exigeant sensualité et raisonnement, souplesse et intelligence, présence physique et autorité intellectuelle : elle distribue le jeu sans tirer la couverture à elle. Entre son mari, son amoureux et quelques couples d’exilés juifs elle règne en douceur et la mise en scène lui permet d’étaler une belle palette de nuances. Ce n’est pas la première fois que cette Suissesse de Belgique, formée au Conservatoire de Liège, participe à une œuvre ambitieuse. Jacques Delcuvellerie, son prof, lui a offert le rôle de Macha dans sa Mouette (2005) puis dans Un uomo di meno. Virginie Strub l’a mise en scène dans Les amantes d’Elfriede Jelinek et Les poissons rouges adaptés de Martin Crimp. Léa Drouet dans Quelqu’un va venir de Jon Fosse. Armel Roussel dans l’œuvre collective Si l’avenir te déplaît. De très belles promesses avant ce rôle central, majeur. C.J.

Amor mundi, de Myriam Saduis et Valérie Battaglia, d’après Hannah Arendt.

Création belge au Théâtre Océan Nord.

Coproduction: Compagnie Défilé, Théâtre 95, Théâtre Océan Nord.

 

 

Catherine Salée

Comédienne chevronnée, issue du Conservatoire de Liège des classes de Max Parfondry et Jacques Delcuvellerie, Catherine Salée, meilleure comédienne au prix de la critique 2008, confirme et aiguise son talent dans  Trois ruptures. Ou encore cinq tableaux et septante minutes pour dire les fins de couples en désuétude. Variant les rôles et les rages, avenante avant d'être glaciale, installée dans une cinquantaine assumée, l'actrice révèle une impressionnante palette d'expressions, explicites et nuancées, cruellement comiques et savamment méprisantes. Avec une froideur, une politesse et une violence rentrée plus cruelles que le plus puissant des hurlements, elle renvoie au mari qu'elle quitte et n'aime plus depuis longtemps, un sourire ravageur pour mieux lui dire sa haine serrée.Qu'il s'agisse de lui servir ce repas d'adieu, d'encaisser l'infidélité, de passer de la fausse gentillesse à la rage bien réelle, elle campe les femmes cruelles, blessées ou offusquées avec une vérité troublante, une présence solide et une rythmique redoutable.

Plurielle, elle se fait également remarquer dans la série télévisée de la RTBF La Trêve ou plusieurs longs métrages de Joachnim Delfosse, des frères Dardenne ou d'Abdellatif Kechiche. L.B.

 Trois ruptures  de Remi De Vos, mise en scène de Bruno Emsens. Une production de la compagnie des Bosons, en coproduction avec Blue in Green Productions